Préserver ou reconstruire l’identité des séniors par le renforcement musculaire

L’objectif principal des séances de renforcement musculaire au bénéfice des séniors est désormais bien connu. Il s’agit de lutter contre la sarcopénie (ou dystrophie musculaire liée à l’âge).  C’est une pathologie définit en 2010 de manière consensuelle par le groupe européen EWGSOP (The European Working Group on Sarcopenia in Older People).

Elle résulte d’une perte progressive et importante de la masse, de la force et de la fonction musculaires au cours du vieillissement. “On estime que la sarcopénie multiplie le risque d’ostéoporose par 12, celui de chute par 2 et de fracture par 2,7” précise le Professeur Jean Yves Reginster de l’université de Liège, modérateur du symposium et président de l’Esceo.

Mais au-delà du renforcement musculaire proprement dit, celui-ci contribue aussi  à préserver et reconstruire l’identité d’une personne en agissant sur les dimensions tonico-émotionnelles, sensori-motrices et affectives.

Pour encourager les séniors, notamment fragilisés, à la pratique de la musculation, l’empathie de l’éducateur est une nécessité. Il faut changer d’attitude comme le faisait Françoise Dolto avec les enfants. Elles disaient que l’on devrait respecter un enfant « jusque dans ses regards », comme s’il était, un “hôte de passage”.

Pour en revenir à la tonicité, elle est le baromètre de notre carte d’identité psychocorporelle (Suzanne Robert-Ouvray, psychomotricienne et psychologue). Aussi, je pense que l’activité physique favorise l’émergence tonico-émotionnelle de l’identité psychocorporelle autant dans sa retenu que dans son excès.

En initiant différents états tonico-émotionnels par l’effort, le sénior devient un acteur «conscient » de ses sensations. Finalement avec l’aide du coach (s’il le faut) il est capable de mettre des mots sur son vécu.

Cette introspection permet la verbalisation et donc l’accès au symbolique à la reconstruction d’un moi et d’un schéma corporel fragilisés.

Techniquement la renforcement musculaire permet le temps de quelques séances de normaliser un peu la régulation du système tonico-postural : Le principe consiste à travailler les membres en mode phasique et le tronc en mode tonique.

L’objectif est de bien différencier la posture de la gestualité intentionnelle.

Cette maîtrise du corps donne le sentiment qu’il est plus performant. Il peut ainsi être appréhendé dans sa dimension et ses enjeux identitaires.

En effet, la performance sportive participe à la construction identitaire de nombreuses personnes tant qu’elle est productrice de sens par le biais de la sensation du dépassement de soi.

David Le Breton (anthropologue et sociologue) a parfaitement souligné à ce propos combien la douleur, la souffrance, le risque, le sacrifice d’une part  de soi ou encore l’excès, autant d’aspects inhérents au champ de la performance, peuvent « fabriquer du sens » et revaloriser l’image de soi.

Le sentiment d’un corps performant se traduit par une meilleure “résilience à la rémanence des traumatismes” (Mireille Fognini). Mais aussi, il peut satisfaire à l’enjeu de certaines attentes de reconnaissances. A travers la reconnaissance de leur performance, certains pratiquants âgés évitent ainsi l’isolement et la solitude.